Collectif Éthique sur l’étiquette

Lettre ouverte aux industries de la mode et de l’ameublement

Travail forcé des Ouïghour·e·s, il est temps d’agir

Il est temps. Nous, la Coalition internationale pour mettre un terme au travail forcé dans la région ouïghoure, appelons toutes les multinationales à rompre de toute urgence tout lien avec le travail forcé des Ouïghour·e·s.

Le gouvernement chinois commet des violations massives des droits fondamentaux des Ouïghour·e·s et d’autres populations turciques et musulmanes dans la Région autonome ouïghoure du Xinjiang (région ouïghoure), dans l’ouest de la Chine. Ces violations prennent la forme d’une surveillance de masse, de détentions arbitraires, de viols, de « rééducation » politique, de stérilisations forcées et de travail forcé. Entre 1 et 1,8 million de Ouïghour·e·s et de membres de communautés turciques et musulmanes sont maintenus en détention arbitraire. Des Ouïghour·e·s sont forcés de travailler dans des usines de la région et du reste de la Chine produisant des biens vendus dans le monde entier. La région ouïghoure est un pôle mondial de culture du coton, de transformation du coton et de fabrication d’articles en coton, en utilisant du travail forcé tout au long de la filière, depuis les champs de coton jusqu’aux usines. De nombreux autres produits sont concernés, des panneaux solaires aux appareils électroniques ; toutefois, un cinquième des produits en coton vendus dans le monde étant susceptible d’être issu du travail forcé de Ouïghour·e·s, la probabilité que l’industrie de la mode et celle de l’ameublement y soient liées est particulièrement élevée. Les multinationales qui souhaitent être du bon côté de l’histoire doivent prendre des mesures dès aujourd’hui.

Ces derniers mois ont vu croître un élan international en faveur de la lutte pour les droits des Ouïghour·e·s. De prestigieux avocats britanniques ont conclu, dans un avis juridique qui fait autorité, que les éléments de preuve disponibles établissaient de manière crédible que des crimes contre l’humanité et un génocide ont été commis. En janvier, le Département d’État américain a énoncé que les atrocités commises contre les Ouïghour·e·s étaient constitutives de crime de génocide et de crimes contre l’humanité. Cette décision a fait suite à une importante mesure interdisant toute importation de coton et de produits à base de tomates depuis la région ouïghoure, en raison du travail forcé généralisé qui y gangrène les chaînes d’approvisionnement. Le Congrès américain envisage un projet de loi au titre duquel tous les biens produits dans la région ouïghoure seraient considérés comme ayant impliqué du travail forcé et frappés d’une interdiction d’importation.

D’autres Etats dans le monde prennent des initiatives. Le Royaume-Uni et le Canada ont annoncé de nouvelles mesures destinées à prévenir les entreprises des risques de complicité avec le travail forcé des Ouïghour·e·s, et il y un élan en faveur de mesures plus contraignantes. Le Parlement européen a adopté une résolution d’urgence sur les violations des droits des Ouïghour·e·s. L’Australie envisage un projet de loi interdisant l’importation de biens issus du travail forcé des Ouïghour·e·s.

Des mesures gouvernementales sont nécessaires car les marques et distributeurs d’habillement les plus importants continuent de s’approvisionner en coton et produits provenant de la région ouïghoure, et d’entretenir des liens commerciaux avec des fournisseurs favorisant le système de travail forcé. Un grand nombre de marques et enseignes ne savent même pas d’où proviennent leurs produits, et s’ils tirent profit du travail forcé ; pour ne pas se rendre complices de ces violations ou enfreindre la loi, elles ont pourtant l’obligation de le savoir.

Selon les Principes directeurs des Nations unies relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme, toutes les entreprises doivent mettre en œuvre une obligation de vigilance effective en matière de droits humains afin de s’assurer ce que leurs activités, directes ou indirectes, ne causent, ne contribuent, ou ne soient liées à des violations des droits fondamentaux. Lorsque les atteintes aux droits humains ne peuvent pas être atténuées, évitées ou arrêtées, elles doivent prendre des mesures pour mettre fin aux relations commerciales, de manière responsable.

En juillet 2020, nous avons lancé un Appel à action présentant les mesures urgentes que les marques et enseignes doivent mettre en œuvre pour mettre fin à leur complicité dans le travail forcé et les autres crimes contre l’humanité perpétrés dans la région ouïghoure. Avec l’appui de plus de 350 organisations du monde entier, de groupes de défense des Ouïghour·e·s aux syndicats en passant par des investisseurs, et avec l’aide de dizaines de milliers de citoyen-ne-s qui ont écrit à Nike, Uniqlo ou Zara, nous entendons pousser les marques à rompre tous les liens qu’elles entretiennent avec des fournisseurs impliqués dans du travail forcé et à mettre fin à leur approvisionnement depuis la région ouïghoure, en vue de créer une pression économique et politique sur le gouvernement chinois afin qu’il mette un terme à ce vaste système de persécution et de violences.

Bien que certaines marques, comme Marks & Spencer et Eileen Fisher, aient fait preuve de leadership et d’intégrité en s’engageant publiquement à respecter les engagements de l’Appel à action, de nombreuses autres trainent les pieds. Au lieu de prendre les mesures nécessaires pour extraire leurs chaînes d’approvisionnement de la région ouïghoure, des multinationales comme Amazon, Nike, Uniqlo, Walmart ou Zara, ainsi que des Fédérations de l’industrie qui prétendent promouvoir une mode éthique, font des déclarations vides de sens ou gardent le silence sur la question du travail forcé des Ouïghour·e·s.

L’obligation de vigilance et les systèmes d’audit sur lesquels s’appuient traditionnellement les entreprises pour s’assurer que leurs chaînes d’approvisionnement sont exemptes de travail forcé n’ont pas fonctionné. La seule manière pour que ces dernières s’assurent de ne pas vendre des vêtements et des textiles fabriqués au moyen de travail forcé, en violation de l’interdiction d’importation de ces produits aux États-Unis et de mesures similaires dans d’autres pays – et pour que les consommateurs et les consommatrices puissent être sûrs de ne pas les acheter – est de mettre en œuvre les mesures détaillées dans l’Appel à action. En s’y engageant, les multinationales montreraient au monde qu’elles font ce qui est nécessaire pour veiller à ne pas tirer profit du génocide et des crimes contre l’humanité dont sont victimes les Ouïghour·e·s sous nos yeux. Il est temps d’agir.